Quand un consultant quitte le salariat ou le régime micro-entrepreneur, la question revient presque toujours : SASU ou EURL ? Les deux sont des sociétés à associé unique, avec une responsabilité limitée aux apports. Ce qui les distingue tient surtout au statut social du dirigeant et à la façon de se rémunérer. Il n'existe pas de réponse universelle, mais quelques critères permettent de trancher.
Deux statuts sociaux très différents
Le président de SASU, assimilé salarié
Le président de SASU relève du régime général de la sécurité sociale, comme un salarié, à condition d'être rémunéré pour son mandat. Il bénéficie d'une couverture maladie, retraite de base et retraite complémentaire proche de celle des cadres. En revanche, il ne cotise pas à l'assurance chômage et n'y a pas droit au titre de son mandat ; une assurance privée est possible.
S'il ne se verse aucune rémunération, il ne paie aucune cotisation, mais ne se constitue alors ni droits à la retraite ni indemnités journalières.
Le gérant d'EURL, travailleur non salarié
Le gérant associé unique d'une EURL relève de la sécurité sociale des indépendants. Pour un même revenu, les cotisations sont en général moins élevées qu'en SASU, et la couverture est aussi plus réduite, notamment pour la retraite complémentaire et la prévoyance. Il n'a pas droit à l'assurance chômage.
Point important : des cotisations minimales sont dues même lorsque le revenu est faible ou nul, notamment pour la retraite de base et les indemnités journalières. Le barème des indépendants a par ailleurs été modifié par la réforme de l'assiette sociale appliquée depuis 2026.
Se rémunérer : salaire, bénéfice ou dividendes
En SASU
Le président peut combiner deux sources de revenus :
- une rémunération, soumise aux cotisations sociales et déductible du résultat de la société ;
- des dividendes, versés après impôt sur les sociétés, qui ne supportent pas de cotisations sociales. Ils sont soumis au prélèvement forfaitaire unique de 31,4 % en 2026 (12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux), sauf option pour le barème progressif.
Cette souplesse permet d'ajuster chaque année l'équilibre entre protection sociale et revenu net. Un consultant qui se verse uniquement des dividendes réduit ses prélèvements immédiats, mais ne valide pas de trimestres de retraite. L'arbitrage est détaillé dans notre article Salaire ou dividendes : comment arbitrer
En EURL
Si l'EURL reste à l'impôt sur le revenu, ce qui est le régime par défaut lorsque l'associé unique est une personne physique, tout le bénéfice est imposé au nom du gérant et soumis aux cotisations sociales, qu'il soit prélevé ou laissé dans la société.
Si l'EURL opte pour l'impôt sur les sociétés, la rémunération du gérant supporte les cotisations et les dividendes peuvent être versés après IS. Mais la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes laissées en compte courant est soumise aux cotisations sociales des indépendants. Pour un consultant dont le capital est faible, cette règle limite fortement l'intérêt des dividendes.
Le régime fiscal de la société
La SASU est soumise à l'impôt sur les sociétés de plein droit, avec une option possible pour l'impôt sur le revenu limitée dans le temps. L'EURL est à l'impôt sur le revenu par défaut, avec option possible pour l'IS.
À l'IS, le bénéfice est imposé à 15 % jusqu'à 42 500 € pour les PME qui remplissent les conditions, puis à 25 %. Laisser une partie du résultat dans la société, pour constituer une trésorerie ou investir, peut donc être intéressant, à condition d'en avoir réellement l'usage. Notre article SAS ou SARL : comment choisir sa forme juridique compare aussi les règles juridiques de fonctionnement.
Exemples de situations
Consultante en début d'activité, revenus encore incertains
Elle prévoit une année de lancement avec un chiffre d'affaires irrégulier. La SASU évite les cotisations minimales en l'absence de rémunération et lui laisse le temps de stabiliser son activité. L'EURL à l'IR peut aussi convenir si elle souhaite imputer un éventuel déficit sur ses autres revenus du foyer : c'est à comparer.
Consultant établi, revenus élevés et réguliers
Il facture une mission longue et veut se constituer une épargne dans la société. La SASU permet de fixer une rémunération raisonnable pour garder une protection sociale, puis de compléter par des dividendes sans cotisations. L'EURL à l'IS reste une option si le coût social de la rémunération est sa priorité, mais les dividendes y seront peu intéressants.
Consultant attaché à sa couverture sociale
S'il privilégie une retraite et une prévoyance proches de celles d'un cadre, la SASU avec une vraie rémunération est plus adaptée, en acceptant un coût plus élevé.
Le coût de fonctionnement
Les coûts de création sont comparables. En fonctionnement, la SASU qui verse un salaire implique l'établissement de bulletins de paie et des déclarations sociales nominatives mensuelles. L'EURL suppose une déclaration de revenus annuelle à l'Urssaf. Dans les deux cas, une comptabilité complète et des comptes annuels sont obligatoires. Le cabinet accompagne régulièrement des consultants indépendants dans ce choix et dans sa mise en œuvre.
En résumé
- Le président de SASU est assimilé salarié : meilleure couverture, cotisations plus élevées, pas d'assurance chômage.
- Le gérant d'EURL est travailleur non salarié : cotisations moins élevées à revenu égal, mais cotisations minimales même sans revenu.
- En SASU, les dividendes ne supportent pas de cotisations sociales ; en EURL, la part au-delà de 10 % du capital, des primes et du compte courant y est soumise.
- Le bon choix dépend de votre niveau de revenus, de votre besoin de protection sociale et de ce que vous comptez laisser dans la société.
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